Expositions photos : retour sur deux années d’expérience

Cela fait maintenant deux ans que j’expose régulièrement à droite et à gauche dans « cette grande ville de Brest » (clin d’oeil à mon ami fidèle Matthieu Le Donge) : galeries, brasseries, restaurants, funérariums (nan, j’plaisante) ! J’ai appris énormément de choses sur l’art et la manière de préparer les expositions photos (bien que je n’ai probablement pas encore tout vu, heureusement). Petit retour d’expérience…Par où commencer ? Ah oui…

Les expositions se préparent longtemps à l’avance, un peu moins longtemps si c’est une expo qui a déjà été présentée (puisque les tirages sont déjà réalisés). Pour une nouvelle expo, mieux vaut s’y prendre 3 mois avant : sélection des photos, tirages, choix des prestataires, des formats et des supports (cadres, Dibond©…) mais au delà de tout cela, il ne faut pas omettre :

 

1 – Prix de vente lors des expositions

Un des buts de monter des expositions est de vendre ! Même si ce n’est pas le but premier, vos photos seront probablement convoitées pas d’éventuels acheteurs. Vous devez donc définir un prix de vente en fonction du type de support proposé (le Dibond© dans une caisse américaine coûte plus cher qu’un tirage 20×30 sans support). Et là est le premier écueil : combien valent mes photos ? Et vous allez voir que la réponse n’est pas si simple que cela…

 

2 – Dans quels lieux exposer ?

 

a) Dans une galerie bien-sûr !

expositions dans des galeries
Galerie « L’Atelier » à Brest

En effet, il est toujours flatteur de voir ses œuvres exposées en galeries mais le « ticket d’entrée » n’est pas facile à obtenir. Certaines galeries n’exposeront que des peintres, des sculpteurs, des dessinateurs… mais pas de photographes. D’autres, au contraire, n’exposent que des photographes et même là il est difficile d’exposer tant les prétendants sont nombreux de nos jours. Mais cela vaut la peine d’essayer.

J’ai réussis à exposer dans une galerie qui ne prenait habituellement pas de photographes mais comme mon travail plaisait, la galériste a accepter de m’exposer pendant deux mois ! Comme quoi, tout arrive !

Mais ne vous leurrez pas : si vous exposez en galerie, le galériste prendra une commission sur les ventes aux alentours de 40% (normal, c’est son métier et il faut bien qu’il vive) mais chaque galériste est libre de choisir le taux de marge qu’il veut pratiquer.

Il vous appartient donc de bien définir votre prix de revient des tirages pour ne pas vous retrouver perdant. Donc si votre travail ne convainc pas le galériste, il ne vous acceptera pas puisqu’il gagne sa vie sur la marge qu’il se fait avec la vente de vos photos. En somme, s’il juge que vos photos ne se vendront pas, il ne gagnera pas sa vie, donc il ne vous acceptera pas. Logique implacable.

 

b) Dans un « café/bistrot/brasserie/restaurant… »

Expositions dans des brasseries
Exposition à l’Espace Vauban à Brest

C’est une autre tendance apparue il y a quelques années et qui mérite que l’on s’y attarde. Un « café/bistrot/brasserie/restaurant… » ne gagne pas sa vie en vendant de l’art mais en servant ses clients. Il ne prend donc aucun risque financier en vous acceptant. Qui plus est, cela lui permet de renouveler la « décoration » tous les mois ! Ces estaminets ne vous réclameront généralement aucune commission.

Autre aspect non négligeable, ces établissements voient défiler beaucoup de visiteurs, bien plus qu’en galeries souvent perçues – à tort – comme réservées aux connaisseurs voire à une forme d’élite. Le taux de vente en « café/bistrot/brasserie/restaurant… » est souvent plus élevé qu’en galerie (d’après ma propre expérience) mais évidemment, le prix de vente de vos œuvres devra être déterminé en conséquence : hors de question de présenter des photos 110x80cm sur papier Hahnemühle contrecollées sur Dibond© en caisse américaine à 700 € pièce ; vous allez droit dans le mur !

Pour ce type d’exposition, mieux vaut privilégier des tirages à bas coût en n’omettant pas de proposer, sur commande avec versement d’un acompte, des tirages plus haut de gamme (Fine Art, Digigraphie©, caisse américaine…). Ainsi, vous permettez à des acheteurs peu fortunés de s’offrir une belle photo à faible coût mais vous permettez aussi à des connaisseurs plus éclairés d’accéder à des tirages de haut vol.

Cependant, je conseille fortement de choisir son « bistrot/bar » avec soins car on ne vend pas de la même façon dans un petit bar de pêcheurs que dans le dernier bar à la mode de la ville. Gare aussi au « bistrot/bar » où il y a régulièrement « trop » d’ambiance si vous ne voulez pas voir vos photos réduites en miette 😉

 

c) Les « Maisons pour Tous » ou autres lieux institutionnels publics

Je ne les ai pas encore pratiqué mais il semblerait qu’il soit officiellement interdit de vendre ses tirages mais qu’officieusement, cela se fait. Plus concrètement, il est interdit d’afficher les prix sur les photos mais ce qui se dit ou se fait après en coulisse… je vous laisse deviner !

 

3 – La communication

expo photo yannig trébaolEt oui, nous vivons dans un monde d’hyper-communicabilité et personne n’échappe à la règle : « No com’, no business ».

Au départ, je réalisais des affiches (50€ pour 30 exemplaires) que je déposais chez les commerçants des artères principales de la ville. Je me suis vite rendu compte que les affiches étaient assez bien acceptées mais tout aussi rapidement retirées pour faire place aux affiches d’autres prétendants arrivés après moi. Certains visuels n’ont pas tenu trois jours ! Que d’argent gaspillé pour si peu de résultats…

J’ai également testé les flyers (50€ pour 2000 exemplaires) : il faut se farcir la fastidieuse distribution dans les commerces, la pose sur les pare-brises de voitures… Je n’ai pas été convaincu de l’efficacité de cette méthode qui fonctionne peut-être à merveille pour une boutique mais pas pour des expositions, sauf si vous avez déjà une certaine notoriété bien-sûr mais si c’était le cas, vous ne seriez pas en train de lire ces lignes 😉

Désormais, j’opte pour une affiche virtuelle que je publie sur mon compte et ma page Facebook, des annonces sur Twitter, des lettres d’informations envoyées aux personnes inscrites sur ce site… mais plus d’affiches physiques !

Quant aux journalistes de la presse locale, lorsque je les invite ils ne viennent pas, donc je ne les invite plus. Je ne dois pas être assez « bankable » 😀 Mais honnêtement, je ne connais pas leurs critères de sélection.

 

4 – Le vernissage

expositions photos vernissageLe vernissage est une tradition du monde de la peinture : le peintre qui exposait invitait des personnalités à inaugurer son exposition autour d’un verre et quelques douceurs. C’était l’occasion pour le peintre de donner une dernière touche et un coup de vernis à ses œuvres pour leur donner un éclat maximal et les rendre plus attractives pour les acquéreurs ; d’où le nom de vernissage.

De nos jours, le vernissage est avant tout une opération commerciale qui consiste à réunir des acheteurs potentiels mais aussi des artistes, des amis… sur invitation ! C’est un moment assez mondain qui, je ne vous le cache pas, met une forte pression à l’artiste. C’est durant le vernissage que se réalisent les plus belles ventes… en général… car… le vernissage attire aussi les « pique-assiettes » dont certains sont des professionnels du genre 😉 Il faut donc sélectionner les invités avec soins sans pour autant voir en eux que des acheteurs.

Gare aux vernissage dans les « bars/brasseries » ! Vous devinez aisément pourquoi ! Le risque de dérapage est grand et vous risquez de vous retrouver avec une ardoise monumentale en fin de parcours. Tout cela est à étudier avant avec le responsable de l’établissement qui peut proposer une formule type « Punch pour tout le monde » et celui qui n’aime pas cela paie sa propre consommation.

Lors d’une exposition dans un hôtel/cabaret renommé de Brest, le responsable des expositions m’a proposé un « deal » qui m’a fort plu : il prenait en charge les consommations (choix limité quand même) en échange de la photo de son choix. Comme je présentais des tirages standard dont le coût de revient était peu élevé, je m’en suis bien sorti ; j’ai eu le droit à un vernissage dans un lieux mythique de la ville sans bourse délier !

 

5 – La présence lors des expositions

Et bien oui, il ne suffit pas d’accrocher ses photos au mur, il faut aussi faire acte de présence pour répondre aux éventuelles questions du public. Pas facile de camper 8 heures par jour sur le lieux d’exposition en attendant les spectateurs, surtout lorsque l’on a des obligations familiales ou professionnelles à côté. Personnellement, j’opte pour des « tours de garde » réguliers du style présence de 14h à 18h tel et tel jours sur lesquels je communique via les réseaux sociaux.

 

6 – Gestion de la vente

Ça y est ! Vous avez trouvé preneur pour une de vos photos !

L’acheteur repart-il immédiatement avec votre photo – ce qui va faire un « trou » dans le mur que vous devrez « reboucher » avec un autre photo (aïe s’il s’agit d’une série très cohérente) – ou l’acheteur attend-il la fin de l’expo pour embarquer votre monument ?

En galerie, les acheteurs attendent généralement la fin de l’expo pour repartir avec l’œuvre mais l’acte d’achat est parfois – souvent – un acte compulsif qui risque de s’éteindre si l’acquéreur n’est pas immédiatement satisfait.

Lors d’une exposition dans une brasserie de la ville, j’ai vendu deux photos contrecollées sur Dibond© (à l’époque j’en faisais encore) à une même personne qui a tellement insisté pour repartir avec le jour même que j’ai fini par céder. Heureusement, j’avais d’autres photos de disponibles pour « combler le vide ». S’il avait du attendre la fin de l’expo, je pense que j’aurais définitivement perdu le client.

Une fois la vente réalisée, il ne faut pas oublier de prendre le nom de l’acheteur (vous n’étiez peut-être pas présent lors de la vente) pour l’inscrire dans votre fichier des ventes et fournir à votre client un certificat d’authenticité.

 

Vous l’aurez compris, je parle ici de ce que j’ai modestement vécu lors de mes deux premières années d’expérience. D’autres photographes vous diront peut-être des choses totalement différentes donc ne prenez pas ces quelques lignes pour argent comptant mais simplement comme une tranche de vie.

A bientôt pour d’autres articles 😉

 

 

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